REFLEXION D’UN CTS
Il faut redire que derrière la LOLF et RGPP, se joue plus que des suppressions de postes suivant les départs à la retraite de nos collègues.
Un vent libéral souffle sur les fédérations sportives. L’état se désengage de bon nombre de ses prérogatives. Le sport de haut niveau est convoité par de riches hommes d’affaires désireux de redorer leur image. La formation, le sport de loisir, les activités vers le bien être et la santé sont aussi sur le marché et certaines entreprises n’ont pas attendu pour s’y intéresser.
Dans ce contexte de concurrence, les fédérations délégataires ont peur. Elles ont peur de voir leur monopole disparaître, et plus encore leur principale ressource : l’argent des licences.
De la à vouloir changer le sens du métier de CTS, il n’y a qu’un pas que certains n’ont pas hésiter à franchir.
Je suis CTS depuis 1991, j’ai fait ce métier parce que j’aime enseigner, transmettre, pratiquer, entraîner.
Je crois aux vertus éducatives et à la notion d’excellence en sport. La pédagogie de l’enseignement comme de l’entraînement est ma vocation. En occupant différents postes au sein de ma fédération pendant 16ans (entraîneur, formateur, correspondant de recherche, jury d’examens, auteur, réalisateur de documents techniques et pédagogiques), j’ai toujours eu le sentiment de contribuer à véhiculer la culture de mon activité, le judo. Et par conséquent j’ai été très choqué de voir que certains dirigeants nous considéraient avant tout comme « les VRP de la licence » (expression qu’ils utilisent volontiers avec le sourire).
Les mots employés là comme ailleurs ont beaucoup de conséquences : Je préfères l’appellation CTS à manager. Un CTS devrait d’abord être un artisan de sa discipline sportive.
Ces nouvelles orientations « marketing business » (développer le nombre d’adhérents coûte que coûte), sont plaqués sans discernement dans un contexte associatif qui a une histoire et une culture. S’il n’est pas certain que cette approche très algébrique réussisse à développer le nombre des licenciés des fédérations elle a par contre une double indéniable efficacité :
- Elle a la particularité de tuer l’énergie militante et la passion qui habitent les CTS qui réalisent soudain que leurs hauts dirigeants avaient des objectifs cachés bien loin des leurs.
- Elles donnent aussi un prétexte à nos supérieurs hiérarchiques pour rédiger différemment nos lettres de missions et pour procéder à nos évaluations.
C’est ainsi que sont rajoutés à nos missions, des tâches qui n’ont rien à voir avec la nature de notre métier. C’est ainsi que lors des entretiens d’évaluation votre interlocuteur passera très vite sur la qualité des prestations que vous aurez pu proposer (lors d’une formation de cadres par exemple), mais soulignera avec insistance, par exemple, votre manque d’enthousiasme pour promouvoir ce qu’on pourrait appeler les « produits dérivés » de l’entreprise.
Il me parait donc important et urgent que les hommes de métiers que sont les CTS et les enseignants de judo, se rencontrent pour définir le sens de leur profession et de leur mission. Les syndicats de professionnels du judo pourraient être vecteurs naturels de ces échanges.
Nous avions la chance pour beaucoup d’entre nous, d’exercer après une carrière sportive des métiers liés à la logique technique et éducative de nos activités. Au lieu de cela aujourd’hui on nous somme de vendre un produit ! Si nous laissons faire, nous aurons perdu bien plus que nos postes. Et il nous restera nos yeux pour pleurer de cette belle utopie du préambule de la loi avice de 1984, qui stipulait que le sport devait être une voie d’accès à la culture et à l’éducation.
PATRICK ROUX
EX CTS à la FFJDA

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